Budget de la santé : Réindustrialisation et Souveraineté sanitaire sacrifiées sur l’autel des économies de court terme.

Les arbitrages budgétaires du gouvernement fragilisent les usines de la chimie et de la biotech qui produisent les principes actifs des médicaments critiques et contredisent les orientations stratégiques affichées depuis la crise sanitaire.

En effet, derrière la baisse de 5% du taux de remboursement des médicaments prescrits à compter de janvier 2025, s’ajoutent l’amputation du programme « Financement des investissements stratégiques » de France 2030, la baisse de la clause de sauvegarde et son plafonnement à 2 % du chiffre d’affaires pour les médicaments génériques sans introduire de critère de production locale via un système de bonus-malus valorisant l’empreinte carbone des médicaments.

Ces décisions condamnent à court terme les usines produisant en France et ouvrent grand les portes aux produits à bas coûts issus des surcapacités chinoises et indiennes. Bientôt le retour en arrière ne sera plus possible et nous aurons créé une dépendance stratégique lourde de menaces, malgré les engagements pris ces dernières années, souligne Vincent Touraille président du SICOS.

Ces arbitrages du gouvernement interviennent alors que la France connaît toujours plus de pénuries (4 925 signalements de rupture en 2023 contre 438 en 2014, + 31% en un an) et que l’enjeu budgétaire représenté par les principes actifs est très limité, autour de 6% en moyenne du coût de médicaments critiques de grande consommation comme le paracétamol ou l’aspirine. En revanche, c’est un enjeu crucial de souveraineté sanitaire.

Le choix de valoriser une production locale et durable sur toute la chaîne de valeur et de protéger les emplois en France reste le seul valable : il faut l’assumer, y compris dans ses conséquences budgétaires limitées.

La situation est grave et doit être traitée en urgence :
– le déficit structurel de compétitivité de l’Europe a conduit à l’effondrement, en 2024, de la
production d’intermédiaires GMP et de principes actifs (API) en Europe (-18 points). Nos
capacités de production ne sont utilisées qu’à moins de 60-70%, ce qui met en danger plus de 15 000 emplois dans NOS territoires.
– l’Europe est devenue importatrice, 80% des productions d’intermédiaires et principes actifs proviennent d’Inde et de Chine, pays dont les capacités ont explosé ces 10 dernières années ;
– la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, et entre la Chine et l’Inde, s’intensifie avec pour conséquence de menacer à court-terme l’industrie européenne puisque l’Europe devient la route naturelle de leurs exportations.

Quelles garanties aurons-nous d’accéder aux médicaments à hauteur de nos besoins, et à quel prix, lorsque notre industrie aura disparu ? La souveraineté sanitaire et l’accès aux médicaments essentiels ne sont-elles plus à l’agenda ?

Nous demandons au Gouvernement de rassembler en urgence les acteurs pour éviter une crise qui impactera durablement le système de santé en France.

Nous devons élaborer des solutions pérennes garantissant l’équilibre économique de notre filière, en donnant aux industriels les moyens et la visibilité de cette ambition :
– promouvoir la production locale et durable dans le prix des médicaments, via par exemple la prise en compte de l’empreinte carbone des médicaments, avec un système de bonus-malus sans impact budgétaire ;
– mettre en œuvre des mesures concrètes et efficaces en s’appuyant sur les propositions
établies au niveau européen dans le cadre de la Critical Medicines Alliance ;
– mettre en œuvre immédiatement des mesures de sauvegarde sur des principes actifs pour lesquels la situation des usines européennes est critique afin de préserver l’existant, le temps de mettre en place les mesures adaptées dans le cadre d’un Critical Medicines Act plus nécessaire que jamais.

En répondant aux déficits de notre sécurité sociale par la dépendance aux productions chinoises et indiennes, largement soutenues par leurs Etats, ces arbitrages font le choix d’une impasse industrielle et sanitaire à moyen terme. Il est encore temps d’ouvrir les yeux.

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